Si j’étais hétérosexuelle, je serais un homme. Un vrai
- Blue B. STEFENSEN

- 27 janv. 2011
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 déc. 2018
Ce matin, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit pour les Toiles roses, il y a plus d'un an…Après deux cafés descendus en regardant vaguement les infos, j’ai décidé de lui donner un petit coup de brosse à reluire… Les hommes sont fous et les femmes sont belles…
Si j’étais hétérosexuelle, je serais un homme. Un vrai.
Un homme qui n’hésiterait pas à te mettre sa main dans ta gueule pour te faire comprendre que ta femme n’est pas un punching-ball ou un défouloir quand tu rentres complètement bourré le soir chez toi. J’utiliserais à mon tour mes poings XXL pour te marteler le visage, en espérant te faire rentrer dans le crâne que ta fille de 14 ans n’est pas ta femme et que tu ne dois pas te glisser sous ses draps le soir.
Je me permettrais de te remettre à ta place en public à chaque fois que tu manqueras de respect aux femmes qui passent et ne daignent pas te regarder. Entre nous, tu t’es déjà admiré une seule fois dans la glace ?
Je te cracherais certainement au visage si je te retrouvais au Burkina avec une mitraillette entre les mains. Je te réciterais les Droits de l’Homme, ces mêmes droits que tu revendiques et que tu bafoues sans cesse, même si tu me mettais le canon d’un revolver sur la tempe… Et j’entonnerais le Chant des Partisans parce que d’homme, tu n’as que le nom… Si tu ne presses pas la détente, sache que je le ferais pour toi…
Si j’étais un homme, un vrai, je me cacherais sans doute pour pleurer à chaudes larmes, comme une fille, comme une pédale. Parce que même en étant un homme, l’injustice et la bêtise humaine me mettraient les nerfs en pelote et l’impuissance me plongerait dans un mutisme brutal.
Parce que même en étant un homme, je sais bien que je ne changerais pas le monde… Que mes frères continueront de se massacrer les uns les autres, emportant avec eux des innocents… Que j’aurais toujours peur des bombes et des corps qui jonchent le sol… Que j’aurais peur du noir et de la folie des hommes…
Si j’étais un homme, je me mettrais au piano de ce bar où je t’ai aperçue. Je jouerais du Chopin pour te faire la cour. Je t’offrirais un verre de Muscat en te disant que je suis paralysé par ta beauté. Et chaque soir, je t’écrirais une nouvelle mélodie, pour que tu reviennes près de mon piano. Je chanterais, peut-être, pour que tu restes un peu plus longtemps. Je t’inviterais dans un restaurant italien où les penne rigate sont les meilleures du monde. Puis un soir, je te demanderais de rester avec moi, parce que j’ai peur du noir et de ces bombes… Nous ferons l’amour pour la première fois et j’aurais la sensation de te posséder réellement. Comme un homme. Je n’en oublierais pas la douceur et le respect de ce corps pour lequel je vendrais mon âme au diable.
Oui, si j’étais un homme, je pourrais te dire sans vulgarité que tu me fais bander… et que je veux recommencer… Si j’étais un homme, je te ferais l’amour sans jamais te faire la guerre… Je serais doux comme un agneau, imprévisible comme un chien fou… Je serais ton ombre, tu seras ma maîtresse. Je serais ton meilleur amant, ton meilleur coup. Tu raconteras à tes copines nos exploits nocturnes, tout en rougissant des détails que tu ne donneras pas…
Si j’étais un homme, je te demanderais de m’épouser, une jolie bague dissimulée dans un des croissants d’un dimanche matin ensoleillé. Et je te supplierais de me répéter ce « Oui » encore et encore pour qu’il s’imprime à jamais dans un coin de mon cerveau. Si j’étais un homme, ce serait avec mes doigts tremblants que j’enlèverais ta robe blanche, avec la crainte de déchirer la dentelle. Si j’étais un homme, je fantasmerais sur cette nuit de noces en t’imaginant encore vierge… Et je pleurerais en t’entendant jouir au creux mon oreille…
Si j’étais un homme, je tomberais certainement fou amoureux de toi. Je poserais ma tête sur ton ventre rond et je te laisserais passer tes doigts dans mes cheveux courts, même si je m’électrise à ton contact.
Nous aurions enfin cet enfant que nous désirons depuis longtemps. J’aimerais qu’il ait tes yeux et ton sourire. J’aimerais que ce soit un petit boy. Parce qu’il m’arrive de penser que la vie est plus facile lorsqu’on a une paire de couilles…
Si j’étais un homme, je caresserais ton ventre arrondi et je te parlerais, à toi, notre enfant. Je te raconterais comment j’airencontré ta maman, comment je l’ai aimée au premier regard, combien j’ai dû ramer pour l’avoir rien qu’à moi, combien je suis heureux d’être enfin papa, qu’il me tarde de te tenir entre mes bras… Je t’élèverais dans le respect d’autrui et l’amour de l’autre. Et je ferais semblant d’être en colère quand ta maîtresse m’appellera pour me dire que tu t’es bagarré avec le tit blond du bac à sable pour une histoire de filles. Et une fois rentrés à la maison, je te gronderais un peu devant Maman, parce que je suis ton père. Puis je te serrerais dans mes bras et je sècherais tes larmes en te disant que je t’aime, mon fils. Et qu’il y aura toujours un tit blond pour venir te chercher des poux. Mais que la prochaine fois, tu auras le droit de lui mettre un crochet comme Rocky. Même si ta Maman froncera forcément les sourcils en entendant cela…
Si j’étais un homme, je pense que je finirais par changer de sexe. A quoi bon être un homme, au fond, puisqu’un jour tu m’avoueras que ce qui te fait fantasmer toi, ce sont les femmes… Alors je changerais de sexe pour ne pas te perdre. Pour devenir celle que tu désires. Parce que je veux être celle qu’il te faut…








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