Borderlinement vôtre
- Blue B. STEFENSEN

- 10 févr. 2012
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 déc. 2018
On me dit lunatique, parce ce que je peux passer du rire aux larmes en quelques secondes. Je ne le suis pas. Je suis hypersensible. C'est différent. Je suis effectivement reliée aux êtres et aux choses par des liens invisibles qui font que je sens et ressens viscéralement ce qui les animent...
Alors oui, cela peut t'effrayer de me voir rire aux éclats puis fondre en larmes parce que tes mots me touchent, de plein fouet, parce que je n'ai pas d'armure et que je reçois le bon comme le mauvais en pleine face...
On me dit écorchée vive, parce que je flirte dangereusement du côté sombre et que la mort et l'ennui me font du charme, parfois... Ne crois pas que je me plais dans cet état... Je lutte du matin jusqu'au soir pour éviter de plonger, pour me forcer à me lever, à communiquer avec ceux qui m'entourent... Il me faut tellement d'énergie pour rester la tête hors de l'eau, que parfois je n'en ai plus pour le reste...
Alors oui, cela peut t'effrayer de me voir en équilibre, sur le fil de la vie, parce qu'elle me pèse autant qu'elle m'apaise...
On me dit excessive, parce que je suis capable d'aimer avec une force désespérée, mais aussi capable de haïr celles et ceux qui blessent de façon volontaire... C'est vrai, je ne connais pas de demi-mesure, je ne connais pas la tiédeur... Mais au moins, je ne te mentirais pas sur ce que je ressens pour toi, bien incapable de faire semblant...
Alors oui, cela peut te faire peur de me voir te prendre dans mes bras et de t'offrir mon amitié, et de te la reprendre dans la minute, parce que tu n'as pas compris le sens de ce mot... Je ne sais pas tricher... Et je n'ai rien à vendre...
On me dit extravertie, parce que je refuse le silence en public et que je préfère porter un masque, plutôt que de laisser paraître la moindre faille... Tu me trouverais sans doute moins extravertie si tu comptais mes heures de silence et si tu voyais l'état d'enfermement dans lequel je plonge parfois...
Alors oui, cela peut te surprendre quand je te dis que je suis timide et fragile et que l'assurance que je montre en société n'est qu'une façade...
Je suis borderline. Oui.
Mais ne me dis pas que je suis faible, que je manque de volonté, que je ne veux pas m'en sortir... Ces lignes sont bien la preuve que je suis encore là, debout, devant toi et que je tente d'apprivoiser ce qui git au fond de moi... Il faudrait que tu sois passée par tous mes tourments pour me comprendre...
Ne me dis pas que je me complais dans la douleur, que je n'ai rien d'autre sur lequel me concentrer que mon nombril, que je suis bien incapable d'altruisme et de compassion... C'est bien parce que je comprends la douleur que j'essaye de soulager celles des autres...
Ne me dis pas que je suis dérangée parce que j'ai des crises d'angoisses, que je suis folle parce que je guette l'aiguille de la pendule, que je suis une aliénée parce que je me pose trop de questions... Je suis lucide sur mon état et c'est peut-être ce qui me protège de cette folie qui fait peur aux autres...
Etre borderline, cela ne se voit pas.
Je n'ai pas de cicatrices, de signes physiques extérieurs. Même si tu relèves mes manches, tu n'y verras pas forcément de scarification... Les seules vraies traces de cet état sont à l'intérieur de moi...
Cette maladie se décline en différents stades, sous différents degrés, en différents symptômes, avec différents visages.
J'AI différents visages.
J'ai tellement à donner et quand cet état m'emporte, je sais que j'ai si peu à offrir. Laisse alors le temps s'écouler...
Et ma foi, cela ne m'empêche pas te sourire, toi, - amour ou ami(e) - qui m'accompagne au jour le jour, qui trouve les mots pour me rassurer et qui supporte parfois mes dérives... Je reviens toujours sur la berge... Il suffit de le savoir pour ne plus avoir peur...
Etre borderline, ce n'est pas un choix. C'est apprendre à vivre autrement, à vivre avec une différence qui nous isole souvent. Paradoxalement, je sais aujourd'hui que je dois beaucoup à cette différence, même si je me passerais volontiers de la souffrance contre laquelle je lutte encore. Elle a fait de moi ce que je suis. Indéniablement.
J'ai écrit ce texte ce matin, 10 février 2012, parce que j'ai trouvé un message désespéré dans ma boîte mail d'une jeune fille qui m'a fortement ému. Et je réponds à sa question : "Pourquoi continuer ?" : Fais le pour toi, pour celles et ceux qui se reconnaîtront dans ce texte, pour celles et ceux qui t'entourent au quotidien...
Le plus beau des combats, tu l'as entamé lorsque tu as poussé ton premier cri... Alors n'arrêtes pas de crier ! Même en silence ...








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