Les pavés de l'Enfer
- Blue B. STEFENSEN

- 3 févr. 2010
- 3 min de lecture
... La nuit bleue s'est allongée sous mes pas. Je marche à présent dans les ténèbres...
J’entends les pleurs d'un enfant. Je songe avec tristesse qu’il y a longtemps que je ne suis plus une enfant. Ni une adulte d'ailleurs. Je ne suis plus, tout court.
J'ai toujours eu l'obsession de la Mort, l'ivresse d'un exode vers la sombritude de l'inconnu... Le poète hait la linéarité de son existence, il préfère de loin les sensations fortes d'une chute en eaux troubles, l'irrépressible verticalisation de son âme vers l'obscur qui l'habite...
J'y suis enfin dans cet Enfer que j'avais tant de fois imaginé, souhaité, désiré...
Je découvre, comme un funambule à tâtons, les pavés de l'Enfer. Je ne dois ma destitution de la "Vie d'En Haut" qu'à mon addiction immodérée pour les femmes. J'étais morte, étranglée, le printemps dernier, par une beauté espagnole, qui lisait dans les boules de cristal. Elle n'avait pas supporté que je m'intéresse à sa soeur, dresseuse de dauphins. Avait-elle eu une prémonition concernant ma disparition, le jour de notre rencontre ? Qu'elle aille au diable...
Je piétine dans les marécages aux effluves mortels. Les flots boueux s'accrochent à mes chaussures comme retenues par des ventouses invisibles. J'ai l'air d'un pingouin, embourbé sur la banquise de glaise.
Soudain, apparu devant moi à l'arrêt, un cheval surmonté d'un ignoble petit chimpanzé. Je suis en présence du maître de céans. Ces orbites sont creuses et noires. Pourtant je sais qu'il me regarde : ambiguïté du regard de l'aveugle. Vêtu d'un petit gilet de cuir et de ridicules chaps, aucun livre d'hippologie ne m'aurait parlé d'un tel cavalier ! Je suis plongée en pleine confusion, quand il dirige soudain un miroir en ma direction.
- Regarde... dit-il. Voici ton vrai visage...
Les mots se sont comme détachés de sa bouche et par un effet de réverbération, sonnent au loin, comme enchaînés les uns aux autres…
Je ne vois d'abord que mon reflet. Pâle. Et soudain, de ma joue droite, s'extirpe un long tubercule noir et veineux, comme celui d'une pousse de gingembre. La racine grossit à une vitesse phénoménale, palpitante, nourrie par le flot de mon propre sang. Je regarde, médusée, ma transformation...
- Contempler sa laideur est la meilleure des thérapies... continue le chimpanzé, fouillant ses poches, sans détourner le miroir. Tu pensais simplement griller comme une merguez parmi les autres invités, je suppose ? Classique.
Je l'écoute, intriguée par l'ambiguïté de son discours, avide de savoir ce qui m'attend. Il sort enfin quelque chose de sa poche.
- Toutes les personnes qui arrivent ici ont bien des idées sur ce qu'est l'Enfer, dit-il en reluquant un morceau de tome de chèvre, tout droit sorti de sa poche. Ils sont parfois étonnés de découvrir qu'ici, on ne brûle pas. Ce serait trop... doux. Et tellement barbare au fond. On leur tend juste ce miroir. Afin qu'ils réalisent la laideur de leurs âmes... Ils en rient parfois aux éclats, se pissent souvent dessus et finissent toujours par devenir fous...
Et toi, ami(e)s de Facebook, veux-tu regarder à ton tour dans le miroir ?
Texte composé le 03 février 2010 à l'aide de mots proposés par les internautes de Facebook
Liste des mots proposés :
Barbara Michon - ventouse
Viny Maolet - chaps
Louve Aergisson - ténèbres
Isabelle Valade - destitution
Christelle Abadie - reverberation
Cat Maksud - verticalisation
Caro Gonnet - ambiguité
Hann Reverdy - sombritude (à savoir que le Littré ne répertorie pas ce mot, pourtant usité en photographie)
Christelle Congnet - facebook
Isabelle Ketterer - Chimpanzé
Troll des Cavernes - addiction
Olivia Lopez - confusion
Ghislaine Dallavalle - bleu
Melie Lou - orbite
Maryline Margottat - marécage
Sandrine Thepaut- exode
Claude Nival - miroir
Marina Boon - ceans
Patricia Guénin-Perez - obsession
Valou D'herault - ivresse
Aurelie Martinez - pingouin
Sabine Faynot Saive - enfant
Izaya Paradise - enchaîné
Sabrina Calluière - prémonition
Maité Lopez - hippologie
Pinpin Rose - thérapie
Sylvie Liaud - beauté
Cristina Valadas - merguez
Nathalie Serres - dauphin
Peter - tome de chèvre
Judith Silberfeld - tubercule
Bel Canto - gingembre








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