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Stefensen

Ecrivaine et charmeuse de muses

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Le dépeceur

  • Photo du rédacteur: Blue B. STEFENSEN
    Blue B. STEFENSEN
  • 29 mars 2020
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 mars 2020

La violence des vents catabatiques du Béarn avait obligé le Chasseur à quitter le refuge de montagne qu’il avait dû gagner la veille.

Le souffle glacé lui mordait son visage buriné et ses mains de géant, la neige alourdissait ses bottes en peau de castor. Il réajusta son énorme manteau : même les fourrures animales qu’il portait sur lui ne parvenaient à le protéger des morsures douloureuses du froid.

Pendant des heures, dans une nuit à couper au couteau, alors qu’il bataillait entre les branches qui lui fouettaient les joues et les troncs d’arbres qui lui barraient la route, il pestait à haute voix contre ce foutu sort qui le poussait à retourner au village.

Le Chasseur était un homme pétri de solitude. Il préférait les animaux aux hommes. Il aperçut enfin la lumière de l’unique fenêtre de l’estaminet, à l’entrée du village. Il fut parcouru d’un frisson : la tempête arrivait bien plus vite que ce qu’il avait prévu.

— Tiens donc ! R’gardez qui v’là ! Viens donc le D’peceur ! Assieds-toi ! V’là bien longtemps que j’t’avais point vu par ‘ci… Ce s’rait presqu’émouvant d’savoir que t’es bien vivant après tout c’temps…

Le Chasseur prit place au comptoir sans regarder autour de lui. Il savait qu’on le regardait. On regarde toujours les gens ici. De haut en bas. De bas en haut. On les regarde comme on pèse du regard les animaux que l'on envoie à l'abattoir. Il aurait préféré affronter un ours plutôt que d'être contraint à affronter ces regards inquisiteurs.

— … Tais-toi donc un peu et sers-moi plutôt un verre… dit-il, sans même regarder l’homme rougeaud, en faisant glisser une pièce sur le comptoir crasseux.

Le tavernier afficha un sourire moqueur, offrant une bouche édentée. Il s'empara de la pièce pour la jeter dans un pichet posé derrière lui, et pendant que le chasseur secouait son manteau pour en faire tomber la neige collante, il reprit :

— T’es t’jours aussi bonace qu’le temps, l’Dép’ceur… J’comprends mieux pouquoi il veut pas d’toi au paradis, l'bon Dieu !!! dit-il en riant.

Le tavernier, heureux d'attirer l'attention de ses clients, attrapa nonchalamment une bouteille et un verre à la transparence plus que douteuse et tout en servant le Chasseur. Au diable la tempérance : ici, on vient pour tromper son ennui ou son chagrin, et puis l'alcool, ça réchauffe les corps et parfois ça échauffe aussi les esprits.

— Alors, qu’tu viens foutre par ’ci ? dit-il en grattant ses joues roses et mafflues. Et t'fous pas d’moi, l'D'peceur ! Va pas m’vendre d’la poud’e d’perlimpinpin l’ami ! dit-il l'air goguenard, ravi d'animer un peu les lieux.

— En quoi ça te regarde, Tavernier... grommela le Chasseur en faisant tourner nerveusement son verre entre ses doigts.

— Tssss…. T’as besoin de t’lever une p’tite sorcière ? C’est ça ? C’est qu'ça doit être rude la vie t'seul dans not'e belle montagne ! J’t’comprends, va !

— … Qu’as-tu à manger, ici ? J’ai faim…

Le tavernier recula, vexé que le Chasseur ne réponde pas à ces questions. et ne rentre pas dans son jeu.

— J’t’aurais bien proposer une s’lade de respounchous, mais t’comprends bien qu’c’est pas la saison, l'D'peceur. dit-il en riant. Mais dis, c’est toi l’Dép’ceur, t’as pas ram’né une p’tite licorne d’la forêt pour ton dîner ? ajouta t-il d’un ton narquois.

Les autres clients regardaient le tavernier, fier comme un coq, qui gloussait. Par-dessus leur épaule, ils riaient en douce eux-aussi.

— Tu veux vraiment savoir ce que je suis venu faire dans les parages… dit enfin le Chasseur en vidant son verre.

— C’est pas qu’j’suis curieux, mais bon… On s'pose fo'cément des 'estions dans l'coin quand...

Le Chasseur aux mains larges comme des battoirs se redressa soudain et sortit de dessous son manteau une longue machette à la lame luisante . Le sang du pauvre tavernier ne fit qu’un tour.

— Je suis venu te chercher, Tavernier, pour te coudre ta bouche avec de la torque… C’est comme ça que je fais pour éviter que les hommes ne crient pas quand je les dépèce… ça évite bien des déconvenues...


Écrit le 29 mars 2020 - Blue B. Stefensen - Tous droits réservés - Mars 2020

Patricia Kravtzoff : sorcière

Nadia Fernandez : Émouvant

Nina Vivien : Perlimpinpin

Geneviève Giorgi : catabatique

Mickaëla Nanou : Respounchous

Patrick Colin : Torque

Mand Amandiine : Licorne

Cécile SC : Déconvenue

Jimmy Milleville : Estaminet

Béa Fgrs :Tempérance

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