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Stefensen

Ecrivaine et charmeuse de muses

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L'Homme aux semelles de vent

  • Photo du rédacteur: Blue B. STEFENSEN
    Blue B. STEFENSEN
  • 31 mars 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 nov. 2023

Histoire publiée le 31 mars 1902, dans le 11ème numéro du journal "La Lyonnaise" par Mme A. Sarah.


Mon nom est Ishram l’Ancien, et dans quelques heures, je vais mourir.


On me nomme aussi l’homme aux semelles de vent, car je ne reste jamais bien longtemps dans un village. Je ne suis que de passage, comme le sirocco, chaud et sec, qui se lève soudain et disparaît dans l'instant.


Je suis né au milieu du désert, dans un village dont le nom n’est connu que d’une poignée d’hommes. Je suis né dans un monde qui échappe au temps et si aride que seuls des hommes aguerris peuvent y survivre.


Étranger, ce soir, quand les étoiles tomberont une à une à l’horizon, mon corps baignera dans un collier noirâtre de sang extravasé et mes amis me pleureront. Je ressens une douce nostalgie m’étreindre le cœur quand je songe aux repas partagés au son de nos chants mélancoliques.


J’ai la gorge sèche.


Dans cette cage aux barreaux de bois qui me sert de prison, l’atmosphère est terriblement lourde. Les tissus posés en vrac par mes gardiens pour me protéger des rayons du soleil ont retenu la chaleur de l’après-midi qui s’achève.


De temps en temps, un homme me porte un peu d’eau dans une feuille de palmier pliée en chaussette que je bois avec parcimonie. Dans le Désert, les hommes ont appris que pour survivre, il ne faut pas tergiverser et surtout s’économiser : économiser ses efforts, économiser son eau et sa nourriture, et même économiser ses paroles. La lenteur extrême devient la meilleure amie de ceux qui veulent aller loin.


Étranger, ils viendront me chercher dans quelque heures, peut-être moins. Après introspection, je n’ai pas à me plaindre de mon sort car j’ai vécu ce qu’il y avait à vivre. Le temps des regrets est révolu.


Tu ne m’as pas encore posé de questions.


J’apprécie cette marque de respect.


Sache, Étranger , que je n’ai pas violenté.


Je n’ai pas volé.


Je n’ai pas tué.


Mon seul crime est d’avoir posé mes yeux sur une jeune fille nommée Sahara.


Elle est l’unique fille d’un marchand, connu dans toute la plaine pour être le plus prospère de tous les marchands d'étoffes. Chaque jour, à la même heure, elle descend vers la place du village, pieds nus, en suivant son père et son âne chargé des tissus aussi précieux que la soie et d’alpaga, ainsi que quelques potions pour aider à leur entretien.


Sais-tu,  Étranger, que des hommes viennent des quatre coins de la plaine à pieds ou à dos d’éléphant ou encore en palanquin à ce marché ? Mais ce n’est pas pour se procurer ces luxueuses étoffes, Étranger, mais pour avoir la chance d’entrevoir Sahara, la jeune fille aux pieds nus.

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Son père, d’une nature plus que possessive, a pour habitude de la surveiller du coin de l’œil les jours de marché et de scruter avec méfiance les clients. Il raconte à qui veut l’entendre qu’on lui a prédit que sa fille lui serait enlevée.


Étranger, me croiras-tu si je te disais que mes rétines ont été brûlées par sa beauté incandescente, héritage d’une longue lignée d’odalisques ? Jamais je n’avais vu un tel regard ! Imagine, Étranger, des yeux où toutes les couleurs de l’arc-en-ciel se mélangeraient, tant et si bien que leur teinte en changerait sans cesse !


Je suis resté un jour de plus dans ce village. Puis un autre jour encore. Et le jour d’après aussi. Sans que rien de plus ne se passe. La regarder à la dérobée me suffisait. Étranger, je n’ai jamais osé lui acheter une seule étoffe ! Je n'ai jamais osé lui adresser ne serait-ce qu'un seul mot ! Son regard a enflammé ma tête, mon cœur et mes sens par je ne sais quel sortilège, me rendant aussi timide qu’un enfant.


C’est son père qui m’a fait arrêter par ses hommes de main. C’est pour cette unique raison que je suis ici. Moi, l'homme aux semelles de vent, je vais mourir simplement pour avoir posé les yeux sur Sahara, la fille aux pieds nus.


Va, Étranger, il est temps de partir. L'heure n'est plus à réfléchir. J’entends leurs voix. Il ne faut pas que tu restes là. Pars ! Ne sois pas triste ! Je suis heureux de t'avoir eu comme dernier compagnon et d’avoir pu te conter mon histoire.


Je veux qu’on sache, Étranger , que je n’ai pas violenté.


Je n’ai pas volé.


Je n’ai pas tué.


J’ai juste aimé…



Écrit le 31 mars 2020 - Blue B. Stefensen - Tous droits réservés - Mars 2020




Mots proposés par les internautes et si nécessaire, définitions.

Pat Chouly : temps

Lulu Misco : Nostalgie

Béa Fgrs : Odalisque

Définition : Esclave qui avait la fonction de femme de chambre auprès des femmes du sultan, dans l’Empire ottoman. – Femme d’un harem.

Alex Flo : Révolu

Définition : Mammifère ruminant proche du lama, élevé en Amérique du Sud pour sa laine. Fibre, tissu textile qui est fabriqué à l’aide de cette laine, ou qui l’imite. Une veste en alpaga, d’alpaga.

Cécile SC : Tergiverser

Corinne Robert : réfléchir

Nath Lesage : Atmosphère

Régine Chevreux : Parcimonie

Définition : Épargne minutieuse, pointilleuse. Donner avec parcimonie.

Ouahiba Tipazienne : Sortilège

Mand Amandiine : Arc-en- ciel

Patrick Colin : Brûlées

Outgrid Ofzebox : Palanquin

Définition : En Extrême-Orient, chaise ou litière portée à bras d’homme ou installée sur le dos de certains animaux.

Nadia Fernandez : Possessive

Estelle Dupriez : Chaussettes

Annie Pomies : Potion

Babbunette Scarabée : Introspection

Laurence Cavenne Extravaser

Définition : (En parlant d’un liquide organique) Se répandre hors de son contenant ou de son conduit naturel. La bile s’est extravasée.

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