Aux absents
- Blue B. STEFENSEN

- 25 mars 2020
- 3 min de lecture
Mes souvenirs, malgré les années qui passent, sont aussi persistants que les feuilles de ce vieil arbousier qui trône au milieu de notre jardin. Je pense à toi. Toi qui n’est pas là.
Je nous revois, enfants, aussi insouciants qu’effrontés, courant autour de cet arbuste, bien loin de nous douter que des années après, la psychose guetterait nos vies d’adulte trop sérieux et lui enlèverait toute sensation de légèreté. Nous finissions par tomber dans le gazon, épuisés, et nous nous endormions l’un contre l’autre pendant que nos ainés prenaient encore l’apéro. Farnienter alors que le soleil était encore trop haut pour aller nous baigner dans l’eau de la rivière.
Quand tu étais là, toute fondrerie était voué à l’échec, car ton seul sourire m’apaisait. Combien j’aimais te voir sourire… J’inventais mille et une histoires pour qu’il ne disparaisse jamais de ton visage. J’étais un courageux soldat, pendant la mobilisation, qui, avec pour seule arme, une branche d’arbre, fusillait l’invisible ennemi. J’étais ce malheureux indien, caché derrière le tonneau de gnole du papet, prêt à lutter jusqu’à la mort alors que déboulait la cavalerie à l’horizon. Dans l’instant d’après, je devenais un Dracula machiavélique au visage chafouin pour avoir le privilège de te renverser dans les hautes herbes.
Quand tu étais là, contre moi, tu riais aux éclats. Je l’entends encore ton rire d’enfant, ce rire cristallin qui me galvanisait et m’encourageait à continuer de plus bel mes pitreries. Il y avait entre nous cet indicible lien, presqu’inavouable tant il était précieux à nos deux âmes. Amitié ou amour, peu nous importait au fond puisque tout ceci n’appartenait qu’à nous…
Quand tu étais là, c’était juste la chaleur de ta main glissée dans la mienne qui me faisait croire au bonheur d’être deux quand l’orage gronde au loin. Je n’avais plus peur. Parce que toi tu savais. Tu savais parce que tu voyais au-delà des nuages. Tu avais comme un don de voyance qui nous prédisait toujours des jours meilleurs et des éclaircies salvatrices. Et la nuit venue, allongés dans l’herbe fraîche et mouillée, nos yeux rivés aux étoiles, nous guettions le signe du renouveau annoncé, de ce lendemain qui se faisait déjà entendre.
Et puis, il y eut cette brèche.
Celle de ton absence.
Cette brèche que tu as laissée dans ma vie, comme une entaille dans ma peau qui ne peut guérir, comme une faille dans la coque de mon vieux bateau que je ne peux rafistoler.
J’ai pleuré comme un enfant, j’ai hurlé comme un loup.
J’ai abîmé ma peau en essayant de retrouver tes caresses, j’ai pris la tasse à défaut de prendre le large pour t’oublier…
Je suis comme ce vieil arbousier, planté au milieu du jardin, sauf que mes racines sont emprisonnées dans le sol gelé du permafrost.
Quand tu étais là, je n’avais jamais froid.
Quand tu étais là, j'étais simplement moi...
Écrit le 25 mars 2020 - Blue B. Stefensen - Tous droits réservés - Mars 2020
Pat Chouly : légèreté
Coco Busette :Amitié
Nina Vivien : Indicible...
Nadia Fernandez : Inavouable
Laurence Cavenne : Chafouine
Ouahiba Tipazienne : Dracula
Geneviève Giorgi : permafrost
Cécile SC : Arbousier
Béa Fgrs : Fronderie
Annie Pomies : Mobilisation
Françoise Félis : Horizon
Régine Chevreux : Psychose
Patricia Kravtzoff : renouveau
Virginie Chausse : bonheur
Jimmy Milleville : Voyance
Outgrid Ofzebox : Brèche
Frédéric Lion : Galvaniser
Sam Va : farnienter








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