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Stefensen

Ecrivaine et charmeuse de muses

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... La décision ...

  • Photo du rédacteur: Blue B. STEFENSEN
    Blue B. STEFENSEN
  • 23 mars 2020
  • 4 min de lecture

23 mars 2020 - 23h39 - Un immense bureau au sommet d'un building hight-tech.

— Qu’ils aillent au diable, ces bureaucrates excentriques, ces incapables engoncés dans leurs costumes de croque-mort ! Que la peste les emporte !

— Monsieur, nous... nous n’avons pas encore eu la confirmation de l’équipe de San Francisco… Je leur ai envoyé... un mail il y a deux minutes…

J.C. se retourne brusquement et la crucifie d'un regard, le visage empreint d’une rage indicible, ses yeux injectés de sang. Marie-Madeleine regrette cette dernière précision et tortille nerveusement ses doigts. Elle connait ce regard, le regard du patron prêt à flinguer le premier qui lui tiendra tête. Elle se dit à cet instant précis qu’elle devrait apprendre à se taire et se contenter d’apporter le café. On ne demande pas à une secrétaire de réfléchir. Ce n’est pas stipulé dans sa fiche de poste. Apprendre à la fermer, avant que la colère de J.C. ne lui tombe dessus.

— Parce que vous croyez vraiment Marie-Madeleine qu’ils vont répondre à votre mail, ces planqués de San Francisco ? Mais d’où sortez-vous pour encore croire à un truc pareil ?

— Je suis ch’timi, Monsieur. Je l’ai indiqué dans ma dernière fiche de…

— La ferme ! Ce n’est pas le moment de me parler de votre… Mais enfin, il n’y a que moi qui suis à peu près normal dans cette boîte ?

Une tasse vient de voler à travers la pièce pour finir par se briser en mille morceaux contre la bibliothèque de l’immense bureau. J.C. est survolté, prêt à étrangler tout le staff des secrétaires, si nécessaire, Marie-Madeleine y compris, et à ne laisser aucun survivant derrière lui. Il crève d’envie de lui hurler sans ambages le fond de sa pensée mais il sait qu’elle ne comprendrait pas. Marie-Madeleine, le fixe, tremblant de la tête aux pieds comme une feuille morte. Elle se dit qu’elle aurait dû lire l’avenir dans le marc de café avant qu’il n’envoie valser la tasse qu’elle venait de lui porter.

— Pardon Marie-Madeleine… Je m’emporte… Alors que ce n’est pas contre vous que j’en ai… Laissez, laissez, je m’en occuperai plus tard… dit-il en la voyant se pencher pour ramasser les débris.

— Monsieur, dit-elle en se relevant avec un morceau de porcelaine entre les mains, j’ai vraiment cru que vous me demandiez…

J.C. lui fait signe de la main pour la faire taire. Il s’approche de la baie vitrée et fixe la nuit noire. Sa colère s’est muée en tristesse. Marie-Madeleine sait tout l’amour qu’il porte à son métier et elle est peinée de le voir ainsi. Ce n’est pas le patron le plus facile à vivre du monde, non, mais il sait pardonner.

— Regardez ce qu’ils ont fait à Nicolas… Avec toutes ces commandes en période de fêtes, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de lui demander de livrer en un seul jour, et de nuit qui plus est… Demander ça à un vieillard… Si ce n’est pas pour le pousser au suicide et se débarrasser de lui, c’est que je n’y connais rien Marie-Madeleine…

— Mais… Il n’était pas… vraiment seul pour le faire…

— Tssss….Ça fait au moins mille ans qu’on lui promet du petit personnel et des moyens de transport plus adéquats. Et chaque année, c’est la même histoire : il est seul à faire ce boulot de titan et à tendre sa sébile comme un malheureux qui ferait l’aumône. Ils nous auront à l’usure ces bandes de chien… Croyez-moi, ces gens sont loin d’être des saints… Ce sont tous des requins, des bandits, des scélérats, des manipulateurs… Ils se foutent de ce qui se passe ici… Printemps, Été, Automne, ou hiver, de jour comme de nuit, je suis là, à me battre pour me faire entendre… Et ils prennent une décision qui va à l’encontre de tous mes principes… Sans même me consulter… Sans même me demander mon avis…

— Et s’il s’agissait d’une… simple… erreur…

Le patron s’est retourné, le visage fermé, les sourcils froncés du gars à qui on ne la raconte pas.

— Une erreur ?

— Oui. C’est déjà arrivé qu’ils se trompent… Regardez avec Noé, ce qui est arrivé…

— Marie-Madeleine, votre bonté est presque... insultante… Comment pouvez-vous trouver des excuses pour des actes aussi injustes ? Quand on parle de vies humaines, Marie-Madeleine, on ne peut pas entendre parler d’erreur. Leurs décisions ont toujours chevauché les miennes. Ils décident. J’exécute. Mais là… Il s’agit de milliers et de milliers de vie…

— Vous pouvez peut-être… refuser ?

— Non… Je ne peux pas…

J.C. est prêt à fondre en larmes, lui qui ne s’est jamais laissé le droit de pleurer devant une femme. Il a en dû en faire des miracles pour tenir bon. Mais ce qu’on lui demande de faire là, c’est trop pour un seul homme. Il songe un instant à s’agenouiller et à prier pour qu’on lui offre à cette seconde un nouveau poste. Une oasis en plein désert et quelques cocotiers ne lui feraient pas peur. Le désert n’aurait rien d’une découverte pour lui. Il en a des souvenirs si précis, qu’il pourrait donner le nombre exact de grains de sable qui composent chaque désert qu’il a traversé. Il n’y a jamais eu aucune sérendipité, aucun hasard : chaque grain de sable a sa place dans ce désert. Tout comme ces hommes ont leur place dans ce monde. Les bons comme les mauvais. Et demain, ils pourraient n'être plus rien d'autres que des erreurs.

— Vous devriez rentrer, Marie-Madeleine… Il se fait tard...

— Vous aussi, Jésus… Puisse cette nuit vous porter conseil…


23 mars 2020 - 23h59 - Un immense bureau au sommet d'un building hight-tech. Un homme seul. Des hommes en sursis.


Ecrit le 23 mars 2020 - Blue B. Stefensen - Tous droits réservés - Mars 2020


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