Ana t'aime
- Blue B. STEFENSEN

- 3 févr. 2015
- 3 min de lecture
.. Ana t'aime ...
" Chère Ana,
Je vous remets cette lettre de ma poche à vos mains, les yeux embués et le coeur mourant sous une nouvelle lésion. Que ma prosodie ne vous égare pas. Il ne s'agit, ici, nullement d'une métaphore. J'ai choisi de vous écrire plutôt que de balbutier maladroitement sujet sérieux. Vous écrire avec toute la sensibilité qui me caractérise. Ecrire comme une saignée salvatrice pour une âme valétudinaire et torturée. Je ne puis laisser le temps commettre ce douloureux meurtre de l'oubli.
Je ne suis pas un monstre, Ana. Je suis une femme simplement percluse sous le flot d'émotions que vous faites naître à chacun de vos regards ou de vos gestes. On me dit tribade, adepte des bars, hélant quelques voitures aux angles sombres de rues perdues. Non, Ana, je ne suis ce monstre, qui git dans la pénombre vespérale de votre chambre, prêt à vous arracher votre chemise de nuit comme votre innocence. N'écoutez donc pas ces péronnelles qui prennent goût à me vilipender... Que leurs acrobaties ne vous trompent pas...
Tendre Ana, l'écri-veine que je suis se meurt d'amour pour de bon, mais secret ne fut jamais si bien gardé à vos yeux smaragdins. Ana, ne vous offusquez pas de mon vilain aveu. Ne me jetez pas l'anathème. Je ne mérite pas mieux les flavescents rayons de ce pâle soleil qui éclairent à présent mon visage, que votre caligineux pardon. Ma personne vous a voué un culte matriciel : vous, Ana, statue callipyge, fille de Pachamama, déesse des eaux sombres sous un ciel de jade et d'une mer déchaînée... Ana aux seins gonflés d'orgueil, à la beauté immarcescible, au ventre légèrement bombé, à la peau d'albâtre aux mille et un parfums... M'ennivrer... M'ibriéner... Je ne sais dans quelle langue vous l'écrire...
Je ne suis pas en pleine déréliction : mon disert être, quoique habitudinaire mais malléable, ne peut espérer une liaison avec une femme telle que vous. L'amour est une symphonie dont j'ai perdu l'air. Goûter au sucre de vos lèvres reviendrait à boire le fiel d'un quelconque serpent somnambule. Malgré toutes mes forces et la résilience dont mon âme peut faire preuve, l'amour que je vous porte est devenu, dans cette intenable attente, si langoureux et douloureux, que je ne songe qu'à vos baisers suaves et interdits. Vous embrasser. Comme ma plume embrasse avec passion cette page blanche...
Regardez-moi Ana... J'ai l'impression d'être un encrier, turbide par le flot d'une encre rouge sang... Viennent déjà les nitescences du jour noyer mon cabinet bleu. Au loin, quelques maisons prises sous la neige et quelques fumettes accrochées aux cheminées. Le jardin est voilé de tristesse en ce début de nuit tragique.
Pardonnez ces quelques lignes écrites à la lueur d'une bougie, la plume tremblante qui ne sera jamais celle d'un escobar. Amour n'est pas comédie et c'est un gage d'humilité que d'avouer y céder. Ma seule peur à l'écriture de ce billet : vous perdre sans vous revoir. Je mourrai de cet abandon. Sûre et certaine. Je suis une femme mortelle : c'est là une tautologie qui ne trouvera jamais plus de sens qu'à la lueur de mes aveux. C'est en toute simplicité que je me rends à vous, Ana. Que je m'ouvre à vous de toutes mes déhiscences. A vous de me repousser ou de m'effleurer. A vous d'élever mon âme ou de lui bâtir un cénotaphe.
C'est sur ces lignes que je vous quitte, à regrets.
Bien à vous.
Mme B. de S. "
Mots non retenus car hors contexte : négationniste keumette








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