

Extrait - Charlie G. Cork
Les premières pages. L’instant où le contrat se pose : Charlie voit trop… et le danger se rapproche.
Thèmes : tension psychologique, emprise, violence (non-glamour), trauma.
Note de contenu : ce texte aborde des thématiques sensibles. Consulter la note.
Extrait – Chapitre 1 (version de travail)
Il mentait.
L’homme en bleu de travail avait de quoi impressionner avec sa stature de géant et ses biceps saillants. Il ressemblait à un personnage de bande dessinée, le genre à sortir une kalashnikov au supermarché pour escorter une petite mémé jusqu’à la caisse. Il essuya ses paumes dans un vieux chiffon, comme s’il effaçait aussi ce qu’il s’apprêtait à jouer, puis s’assit dans le fauteuil.
— Bien. Commençons. Ça te gêne si on se tutoie ? demanda-t-il en se raclant la gorge.
— Non… balbutia une voix presque inaudible.
Elle déglutit, puis répéta :
— Non, ça ne me dérange pas…
— Parfait. Je vais être cash avec toi : je ne suis pas sûr que ton C.V. corresponde au profil que l'on recherche, avoua-t-il sans trop s’émouvoir de sa franchise. Sa réponse tomba trop net, comme apprise.
Il caressa sa barbe légèrement grisonnante, taillée avec soin. La frêle silhouette, elle, s’enveloppa dans le silence quelques secondes, hésita… puis se reprit :
— L'annonce disait qu'une première expérience était acceptée... Et j'ai vraiment besoin de travailler…
Emmitouflée de la tête aux pieds dans un manteau trois fois trop grand, la silhouette ne se découragea pas :
— Je peux prendre des appels, taper des courriers et je maîtrise pas mal d’outils infor...
— Ce n'est pas vraiment le problème, la coupa-t-il un rien agacé devant son entêtement.
Le visage aux sourcils froncés et le regard interrogateur lui indiquaient que de vagues explications ne suffiraient pas. Il devait lui opposer des arguments sous peine de perdre toute crédibilité quant à son refus de l’embaucher.
— Écoute, Charlotte...
— Charlie… le reprit-elle avec douceur. C’est Charlie… C’est mon prénom…
— Euh… Charlie donc, dit-il avec aplomb sans même s’excuser de son erreur.
Reprenant un peu confiance, elle se décida à relancer l’échange :
— Il s'agit bien d'un mi-temps ?
— Oui. C'est un mi-temps, mais...
— Vous savez, j’ai l’habitude des petits jobs pour payer mes études…
— Encore une fois, ce n’est pas ça le problème…
L’homme passa son immense main dans sa tignasse brune.
— Je ne comprends pas vraiment… laissa échapper Charlie d’une voix déçue.
— OK, Charlie. Si je reprends ton CV, tu as une licence de Psychologie clinique et psychologie de la mémoire et du traumatisme, plus une option en méthodologie de l’entretien clinique, et derrière une licence de Sociologie des institutions et des risques sociaux, avec une option Sociologie de la déviance et de la criminalité. Et comme si ça ne te suffisait pas, un diplôme universitaire de Criminalistique et sciences forensiques, énonça-t-il sur un ton ferme. Ah ! J’oubliais : en plus de tout ceci, tu as trouvé le moyen de caser un Certificat universitaire Méthodes d’enquête et statistiques et une formation en Entretien d’enquête et recueil de témoignages. Ce n’est pas exactement le profil classique pour faire des factures et du classement…
Il tapotait de ses énormes doigts le CV posé sur le bureau.
— C'est pour cette année...
Devant la mine défaite de l’armoire à glace, l’inconnue précisa :
— Le Diplôme universitaire… C'est cette année que je le prépare...
— Ça ne change rien malheureusement.
Charlie n’avait plus rien à perdre.
— C'est donc à cause de mes diplômes que vous hésitez à m’embaucher ?
— Bah, oui. Je suis désolé de te dire ça, Charlie, mais tu as tout juste 24 ans et…
— 25 dans quelques mois.
Et une vie à construire.
Charlie se redressa sur sa chaise. Elle ne voulait rien lâcher mais cet homme était déterminé à la faire renoncer.
— Justement. Tu es jeune et tu as un CV de dingue. Ne le prends pas mal mais sois réaliste : tu vas t'ennuyer sur ce poste ! Nous, on cherche juste quelqu'un pour s'occuper du secrétariat.
— Je suis quelqu'un de sérieux. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir. J'ai vraiment besoin de ce job…
— Tu es plutôt du genre têtu, c’est le moins que l’on puisse dire. Écoute, bien que je me doute déjà de sa réponse, je vais en parler au patron…
— Je vous remercie.
Un peu d’espoir dans cette putain de vie, c’est comme un sucre dans un mauvais café : ça aide à le boire.
— Je ne te promets rien. On est bien d’accord ?
— Oui.
Arnold l’observait fixement. Charlie lui adressa un timide sourire à la fossette encore enfantine. Elle paraissait minuscule, ainsi engoncée dans cet épais manteau. On aurait dit un petit oiseau tout juste tombé de son nid. Elle avait dans ses grands yeux bleus un je-ne-sais-quoi qui l’interpellait sans qu’il ne puisse en expliquer la raison. Arnold éprouva de la gêne en croisant le regard reconnaissant de la jeune fille.
— Rentre chez toi. Je te tiendrai au courant.
Après un merci et un au revoir inaudibles, Charlie passa le seuil de la porte comme elle l'avait franchi : avec une remarquable discrétion.
Il avait peut-être été un peu trop brusque. Le CV rejoignit ses frères dans la bannette du courrier arrivé.
Une voix le tira de ses pensées :
— Si je ne te connaissais pas aussi bien, Honey, je dirais que cette fille t'a troublé…
Le colosse se laissa tomber au fond de son fauteuil, la tête en arrière.
— Ce ne sont pas des yeux, chez cette fille. Ce sont des flingues. Je suis passé devant un peloton d’exécution.
Olympe fit claquer une grosse bulle de son chewing-gum vanille-fraise.
— Pas si insensible, l’armoire à glace… So cute !
— Ce n’est qu’une gamine…
— Avoue qu’elle est à croquer. 25 ans, des allures de lycéenne, bardée de diplômes et malgré tout, prête à prendre un job tel que celui-ci.







